Semaine
Dans un article approfondi largement relayé par plusieurs médias, le journaliste et critique de cinéma Bilal Marmid a ouvert un débat franc sur la place du cinéma marocain dans les marchés internationaux du film, dans une analyse marquée par sa clarté et sa pertinence.
Fin connaisseur des rouages des festivals internationaux qu’il couvre depuis plus de vingt ans, Marmid ne s’est pas contenté d’un constat général. Il a soulevé des interrogations précises quant à l’utilité de la participation marocaine à ces marchés, notamment face à l’absence d’œuvres nationales capables de rivaliser dans les compétitions officielles des grands festivals.
L’intervenant s’est notamment arrêté sur la participation du Maroc en tant qu’invité d’honneur au Marché européen du film, organisé en marge du Festival international du film de Berlin. Selon lui, ce type de présence devrait reposer sur une stratégie claire, fondée sur l’existence de projets cinématographiques susceptibles d’être commercialisés et distribués, et non sur une simple présence institutionnelle.
Il a insisté sur le fait que les marchés du film ne sont pas des espaces symboliques ou protocolaires, mais avant tout des plateformes économiques, dont bénéficient les pays disposant d’une industrie cinématographique solide, capable de produire, promouvoir et générer des revenus. À cet égard, il a évoqué des modèles internationaux comme le Japon, qui sera mis à l’honneur au Marché du film du Festival de Cannes, en raison de la puissance de son industrie et de la richesse de son histoire cinématographique.
Marmid a également souligné que des pays tels que l’Espagne, l’Inde ou encore le Brésil participent à ces marchés avec un objectif clair : commercialiser leurs productions et en tirer un retour économique. À l’inverse, certains pays, dont le Maroc, continuent de rechercher un « rayonnement » sans disposer des outils nécessaires pour y parvenir réellement.
Dans son analyse, il affirme que le véritable rayonnement ne se construit pas uniquement à travers la présence dans les marchés, mais passe surtout par une participation aux compétitions officielles des grands festivals, le développement de relations professionnelles avec des distributeurs et producteurs internationaux, ainsi que par le soutien à des films capables de s’imposer à l’échelle mondiale.
Il a par ailleurs évoqué l’exemple tunisien, qui a réussi ces dernières années à s’imposer dans les grandes manifestations cinématographiques internationales, renforçant ainsi son image à l’échelle mondiale, contrairement à une absence marocaine notable dans ces espaces compétitifs.
Le débat soulevé par Marmid repose finalement sur une question centrale :
s’agit-il d’une présence purement formelle dans les marchés, ou d’un manque de stratégie réelle pour valoriser et promouvoir le cinéma marocain à l’international ?
L’enjeu aujourd’hui est clair : passer d’une logique de présence à une logique d’influence, et d’une participation symbolique à un positionnement effectif sur la carte mondiale du cinéma.



