Le secteur des salles de cinéma au Maroc entre dans une nouvelle phase marquée par la valorisation des compétences nationales et la réhabilitation du technicien cinématographique, après le lancement par le Centre cinématographique marocain de la mise en œuvre de l’un des principaux chantiers du nouvel arsenal juridique encadrant l’industrie cinématographique nationale. Une démarche qui traduit une évolution claire de l’approche de l’Etat dans la gestion du secteur de l’exploitation cinématographique, désormais liée aux enjeux de l’emploi, de la formation et du transfert des compétences.
Cette orientation intervient dans le prolongement des revendications formulées par les organisations professionnelles des techniciens lors des séances d’écoute et de concertation organisées par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication à l’occasion de l’élaboration de la loi et de ses textes d’application. Elle s’inscrit également dans le cadre de la mise en œuvre de la loi n°18.23 relative à l’industrie cinématographique et à la réorganisation du Centre cinématographique marocain, qui a instauré un nouveau cadre de régulation du secteur et modernisé ses mécanismes de fonctionnement. Cette dynamique a été renforcée par l’adoption du décret n°2.25.484 relatif à l’exploitation des salles de cinéma, à la distribution, à l’importation et à l’exportation des films, ouvrant ainsi la voie à une organisation plus précise des différents intervenants du secteur.
Ces réformes ne se limitent pas aux aspects administratifs et réglementaires. Elles touchent désormais le cœur même de l’écosystème professionnel, à travers l’arrêté du ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication n°2195.25, qui consacre la présence obligatoire de compétences marocaines au sein des salles de cinéma et des sociétés de production, en fixant le pourcentage de techniciens et de stagiaires marocains devant être recrutés ou sollicités, ainsi que leurs domaines de spécialisation.
Conformément à cet arrêté ministériel, les exploitants de salles de cinéma sont désormais tenus de faire appel à au moins un technicien marocain et un stagiaire marocain dans des spécialités essentielles liées à la gestion des salles, notamment l’exploitation des projecteurs, l’assistance à leur fonctionnement ainsi que la gestion de la billetterie. Une mesure que les professionnels considèrent comme une reconnaissance explicite du rôle central joué par le technicien cinématographique dans la qualité de la projection et la continuité du service culturel cinématographique.
Pour plusieurs observateurs, ces nouvelles dispositions légales ne traduisent pas seulement une volonté de mieux organiser le secteur, mais portent également une vision renouvelée qui place le technicien cinématographique au cœur de la chaîne de l’industrie cinématographique, après des années durant lesquelles cette profession est restée dans l’ombre malgré les mutations numériques et technologiques que connaît aujourd’hui l’exploitation cinématographique.
Les professionnels estiment par ailleurs que cette réforme ouvrira de nouvelles perspectives aux jeunes Marocains souhaitant intégrer les métiers des salles de cinéma, tout en contribuant au développement de l’expertise nationale dans les domaines de la gestion et de l’exploitation des salles, ainsi qu’au renforcement du professionnalisme dans un secteur qui connaît un regain progressif d’activité et d’investissement.
Cependant, cette nouvelle dynamique soulève une question fondamentale quant à la capacité du système de formation à accompagner ces transformations. Jusqu’à présent, les métiers liés à l’exploitation cinématographique, à la gestion des salles, aux techniques de projection et à la maintenance numérique restent largement absents des programmes de nombreuses écoles et instituts de cinéma et de formation audiovisuelle, malgré une demande croissante en compétences spécialisées capables de suivre l’évolution du secteur.
Dans ce contexte de mutation législative et réglementaire, une interrogation s’impose désormais aux professionnels et observateurs du secteur : quand les écoles et instituts de formation s’ouvriront-ils enfin à l’enseignement des spécialités liées au pôle de l’exploitation cinématographique, afin de former une nouvelle génération de techniciens capables d’accompagner les ambitions du Maroc dans la construction d’une industrie cinématographique moderne et intégrée ?
Le Maroc poursuit la consolidation de sa position parmi les principales destinations mondiales des productions cinématographiques étrangères, grâce aux réformes juridiques introduites par la loi n°18.23 relative à...
Read moreDetails



