En participant à la réunion inaugurale du Conseil de Paix à Washington, le Maroc ne se limite pas à un rôle protocolaire. Le Royaume affirme sa présence dès la genèse d’une institution qui pourrait remodeler les approches internationales, notamment celles de la paix et de la reconstruction à Gaza.
La réunion inaugurale du Conseil de Paix, tenue jeudi sous l’égide du président américain Donald Trump, place le Maroc au cœur d’un dispositif multilatéral inédit. Outre l’annonce d’une contribution de 5 milliards de dollars pour Gaza et la mise en place d’une Force internationale de stabilisation, cette initiative offre à Rabat une plateforme pour projeter sa diplomatie stratégique.
Les experts consultés par Hespress FR soulignent que l’adhésion marocaine dépasse la simple visibilité politique : il s’agit d’une insertion proactive dans un cadre capable de définir les normes, les méthodes et les priorités d’une nouvelle architecture internationale.
L’expert en stratégie politique, Hicham Mouatadid, estime que la présence du Maroc dans le Conseil constitue un positionnement stratégique plutôt qu’un simple acte protocolaire. Il indique que participer dès la phase inaugurale offre au Royaume la possibilité de « d’inscrire dans l’ADN du Conseil une approche liant stabilisation sécuritaire, reconstruction économique et légitimité institutionnelle locale ».
Mouatadid fait remarquer également que le dossier de Gaza offre un espace d’action en cohérence avec le rôle traditionnel du Maroc et que son capital diplomatique, notamment via la présidence du Comité Al-Qods, lui permet de jouer le rôle de passerelle entre approche sécuritaire occidentale et sensibilité politique arabe, en veillant à ce que la reconstruction ne soit pas dissociée d’un horizon politique crédible. L’expert souligne que, même si le Maroc n’a pas vocation à fournir les contingents les plus visibles, il peut peser sur la doctrine d’engagement, notamment à travers la formation des forces locales, l’articulation police–justice et la prévention de la radicalisation, valorisant ainsi son expertise en matière d’accompagnement plutôt qu’en ingérence.
Il fait observer également que l’adhésion au Conseil de Paix renforce la relation stratégique avec Washington et offre au Maroc l’opportunité d’affirmer son statut de puissance d’équilibre dans un Moyen-Orient fragmenté. Enfin, Mouatadid soutient que Rabat devra calibrer sa communication pour éviter toute perception d’alignement automatique et transformer sa présence institutionnelle en influence doctrinale, contribuant à définir les critères d’intervention, les standards de reconstruction et les mécanismes de financement.
Cohérence diplomatique et efficacité opérationnelle
Pour sa part, le professeur de droit public, Hannoun Azeddine, est d’avis que la participation du Maroc traduit une continuité stratégique et non un alignement conjoncturel. L’expert affirme à cet égard que le Royaume s’inscrit dans sa tradition diplomatique fondée sur la médiation, le dialogue interreligieux et le soutien aux solutions politiques négociées, souhaitant être acteur des solutions plutôt que simple observateur des crises.
Il note aussi que le fait que l’ordre du jour du Conseil soit centré sur la reconstruction de Gaza confère à cette institution une dimension opérationnelle, mobilisant ressources financières, sécuritaires et institutionnelles, et non uniquement des déclarations politiques. Hannoun rappelle que le Maroc, à travers l’Agence « Bayt Mal Al Qods Acharif » et d’autres cadres, apporte des aides concrètes aux Palestiniens, illustrant la cohérence entre principes diplomatiques et action effective.
L’expert fait également remarquer que la participation du Maroc reflète une évolution vers des plateformes multilatérales flexibles et pragmatiques, permettant au Royaume de se positionner dans une logique d’anticipation et de responsabilité partagée. Il indique enfin que cette démarche renforce l’image du Maroc comme un acteur capable de dialoguer avec toutes les parties tout en préservant ses constantes nationales, et affirme que le véritable enjeu sera désormais de transformer cette ambition en résultats tangibles sur le terrain.



